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Le projet « Rural Resilience » est allé à la découverte de la CUMA (Coopérative d’Utilisation du Matériel Agricole) Plume Chat Huant, un modèle puissant qui répond aux besoins de ses adhérents localement. Ce sont Hervé Mérand et Alice Colin, respectivement responsable et membre de la CUMA, qui nous ont présenté par quels mécanismes des agriculteurs mutualisent des moyens agricoles (matériels, main d’œuvre, ateliers, bâtiments,…).
Rédaction : Pauline Petit.
Selon Hervé Mérand, une CUMA c’est avant tout “un lieu de vie autour du partage du matériel entre agriculteurs.ices. Et cela implique de s’organiser ensemble”. Mais ce n’est pas tout, c’est aussi un lieu de rencontres, de solidarité et de débats : « C’est un des derniers espaces qui réduit la polarisation et où on arrive encore à discuter et à débattre ensemble, malgré nos pratiques différentes ».

La CUMA Plume Chat Huant, un lieu de coopération et de soutien aux petites structures
La CUMA compte aujourd’hui près de 50 fermes adhérentes uniquement réparties sur la commune de Plessé. 80% des fermes sont en agriculture biologique. C’est une tendance qui a évolué car, auparavant, à Plume, le système bio-herbager était minoritaire. Ce “virage” dans les profils s’explique en partie par la Politique Agricole et Alimentaire Communale (PAAC) de la commune de Plessé qui, depuis 6 ans, a favorisé l’installation de jeunes agriculteur.ice.s aux pratiques plurielles et durables.
Pour ces fermes, l’achat mutualisé de petit matériel constitue un vrai levier stratégique. Il permet de préserver leur capacité d’investissement pour d’autres ateliers que la mécanisation, tout en générant environ 30% d’économies sur les charges d’entretien et d’utilisation du matériel. La CUMA ne se limite d’ailleurs pas au partage d’équipements : elle emploie trois salariés et un apprenti, mobilisables sur les exploitations adhérentes. Dans un contexte où de nombreuses fermes ne peuvent pas assumer l’embauche d’un salarié à temps plein, ce système représente une solution économiquement viable, en particulier pour les petites structures de PCH.
Cependant, toutes ces décisions ne sont pas arbitraires ! Chaque nouveau membre doit souscrire au capital pour pouvoir utiliser (en partie ou dans sa totalité) les différents services, proportionnellement à l’engagement qu’il prend. Les investissements pour le matériel sont choisis collectivement pour répondre au mieux aux besoins de chacun. « Une CUMA c’est de l’humain, Il faut être prêt à travailler en collectif et à faire des concessions. ». Des compromis sont donc nécessaires, mais ils sont largement compensés par les économies et les bénéfices organisationnels générés par cette gestion commune.

Un espace de transmission de savoir et savoir-faire
Bien que les rencontres hebdomadaires des adhérents soient principalement consacrées aux aspects techniques (élaboration du planning, définition des stratégies d’investissement, etc.), elles constituent également des espaces privilégiés d’apprentissage et d’interconnaissance. On “récolte” des conseils, on “sème” des bonnes pratiques et on bénéficie d’appuis techniques des voisin.e.s. « Souvent, ça nous arrive de venir au planning avec pleins d’interrogations et aucune certitudes, et on repart avec des conseils sur sa conduite technique ou le bon outil à utiliser, … », nous explique Hervé Mérand.
La CUMA est donc bien plus qu’un lieu où l’on partage du matériel agricole, c’est aussi un lieu de rencontre, de convivialité et de partage d’expériences entre agriculteurs.ices.
Le cas de nouveaux ou nouvelles installé.es
Ces différentes fonctions sont précieuses, surtout pour de jeunes installées. Elles facilitent les installations hors cadre familial, au travers de la mise à disposition d’un outil qui limite l’endettement. La CUMA leur permet également de constituer leur premier réseau agricole et de bénéficier des conseils de leurs pairs.
Alice Colin en est un bel exemple. Originaire d’une autre région, elle s’est installée en 2022 avec son compagnon, hors cadre familial. Pour eux, la CUMA a constitué l’un des premiers lieux de rencontres pour tisser des relations sociales et professionnelles. Elle explique que plusieurs jeunes agriculteurs se sont installés au même moment dans le secteur, ce qui a facilité la création de liens : « On a eu de la chance, à notre arrivée, il y a eu d’autres installations en parallèle. On a rapidement formé un groupe assez solidaire où on s’entraide et on échange beaucoup ».
En plus de ce groupe de pairs, Alice et son compagnon ont aussi pu bénéficier des conseils d’agriculteurs plus expérimentés : « En faisant partie de la CUMA, on a accès à l’expérience de personnes plus ancrées dans le territoire, qui ont plus de dix ans d’expérience. Ils ont du recul sur les pratiques et peuvent transmettre pas mal de choses, à la fois sur le plan technique et organisationnel. »
Pour encourager ce type d’intégration, depuis 2020, la CUMA organise des journées d’accueil afin d’accompagner au mieux les nouveaux adhérents. Cette initiative vise à les familiariser avec le fonctionnement de la coopérative et à leur présenter les pratiques et le fonctionnement collectif ainsi que l’ensemble des services, visibles et moins visibles, qu’elle propose.
Les adhérents peuvent ainsi utiliser, en toute autonomie — ou avec l’appui des salariés — l’atelier de réparation. Celui-ci est équipé d’outils permettant d’effectuer des travaux de soudure, d’hydraulique ou encore de réparation de pneus. Ces services représentent une ressource précieuse pour les exploitants agricoles, d’autant plus qu’ils sont devenus rares, voire quasi inexistants, en milieu rural. « S’il n’y avait plus la CUMA, je ne saurais même pas comment faire certaines réparations. Ce sont des métiers qui se sont perdus dans nos campagnes », souligne Hervé Mérand.

La réplicabilité du modèle et son devenir au prisme du contexte national et européen
La CUMA est donc bien plus qu’un simple outil de mutualisation : elle est un levier d’émancipation technique et financière pour les agriculteurs. Partout en France, ce sont plus de 10 300 CUMA qui tissent un réseau profondément ancré dans les territoires, ce qui en fait une force collective.
Pourtant, cette dynamique est aujourd’hui fragilisée par les orientations et arbitrages politiques, tant européens que nationaux. Plume Chat Huant bénéficie notamment d’aides issues du Plan de Compétitivité des Exploitations Agricoles (PCAE), lui-même rattaché au deuxième pilier de la Politique agricole commune (PAC) 2023-2027. Or, ce pilier est menacé de disparition lors de son prochain renouvellement. Concrètement, c’est jusqu’à 40 % d’aides à l’investissement qui pourraient être réduites, voire supprimées.
Une telle décision ne serait pas anodine. Elle affaiblirait directement la capacité d’investissement des exploitations et entraînerait aussi une dégradation des services qui font la richesse du réseau CUMA : appui technique, accompagnement administratif, animation collective, partage d’expériences. Car la CUMA, c’est aussi l’intelligence du collectif. « Grâce au réseau, on peut savoir si un investissement qui nous semble risqué a déjà été éprouvé dans d’autres CUMA. On obtient des chiffres, des retours d’expérience… On sait où on va ! », témoigne Hervé.
Remettre en cause ces soutiens, c’est fragiliser bien plus qu’un dispositif financier : c’est affaiblir un modèle coopératif qui sécurise les décisions, renforce les exploitations et fait vivre la solidarité agricole.
Pour autant, le modèle CUMA ne se résume pas aux aides publiques. Sa force première réside dans la volonté des agriculteurs de se regrouper, de mutualiser ensemble des solutions adaptées à leurs besoins. Il peut fonctionner différemment, à une autre échelle. Et heureusement, il est par nature réplicable ! « Il n’y a pas de contraintes particulières à la réplicabilité du modèle, à partir du moment où il y a une volonté de se regrouper autour de la mise en commun d’un outil ou d’un objet », souligne Hervé Mérand.
Autrement dit, tant qu’il y aura cette volonté collective, l’esprit CUMA continuera d’exister, de se transformer et de faire vivre une agriculture solidaire et autonome.
L’association ARC2020 a découvert la CUMA Plume Chat Huant fin novembre 2025, lors d’une visite terrain organisée dans le cadre de la rencontre annuelle co-organisée par l’association.
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