Paroles de paysans | Stéphane, le paysan à la calculette 2

Stéphane échange avec Jeanine et Valérie de l’équipe Nos campagnes en résilience, septembre 2021. Photo : Hannes Lorenzen

Installés sur le GAEC Le Jardin des pierres bleues, une ferme de 6 hectares, Stéphane et ses 3 associés font des calculs permanents pour orienter leurs choix, pour que chacun puisse vivre dignement avec ses idées et la nature. Vendre tout au kilo pour ne pas se moquer des gens ; c’est un choix. Associer plus au lieu de gagner plus ; c’est un choix. Travailler le moins possible pour bien vieillir ; c’est un choix. L’équipe « Nos campagnes en résilience » est allé à la rencontre de Stéphane, le paysan à la calculette. Nous vous invitons à découvrir la deuxième partie de son échange avec la coordinatrice du projet, Valérie Geslin.

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Plus on est nombreux, plus on vend !

Vendre des légumes bio en ce moment, c’est facile. On va au marché ou à l’AMAP, le camion est vide quand on revient. C’est très bien car on vend tout au kilo. On n’est pas là pour faire des petits sachets de 200 grammes et faire croire que ce n’est pas cher. Quand les gens ont goûté les épinards et les haricots verts, ils ne vont plus les acheter ailleurs. On fidélise grâce à cela, on ne se moque pas des gens.

On fait un marché le vendredi matin : nos haricots, on les vend 8 euros le kilo à toutes saisons, le conventionnel qui achète aux mines, il est à 14. Et pourtant, on n’est pas moins pauvre que d’autres.

Il y a énormément de vente directe ici. Dès qu’il y a un maraîcher de plus sur un marché, ce n’est pas le maraîcher qui est là depuis quelques années qui va en pâtir. Dès qu’il y a une offre supplémentaire, la demande arrive, c’est impressionnant.

Paroles de paysans | Stéphane, le paysan à la calculette 1

L’installation des paysans, un enjeu de taille

Ma mère va déménager, c’est une ancienne ferme, il y a tout pour installer un maraîcher. Je vais devoir appeler des gens qui ont 300 ou 400 hectares et leur demander de laisser 4 ou 5 hectares pour qu’un maraîcher s’installe. Mais, je m’attends déjà à la réponse, cela va être compliqué.

On fait face à des gens qui n’en ont jamais assez, qui se plaignent tout le temps, qui ne partent pas en vacances, qui n’ont aucune ouverture sur l’extérieur. Ils sont complètement dans le système.

« On fait une cinquantaine de légumes différents voir plus. S’il y en a qui ne fonctionne pas ou moins, ce n’est pas grave. » Photo : Hannes Lorenzen

L’accueil de stagiaires, cela m’anime

J’aime bien parler avec des banquiers, avec des gens qui vont s’installer. J’ai l’assurance de mon expérience. Quand je reçois un groupe de stagiaires, je leur dis : « Vous avez acheté des livres, c’est bien, vous allez pouvoir faire un bon feu avec et en fonction d’où vous tombez dans un territoire, votre projet vous allez l’adapter. Vous n’allez pas l’adapter aux livres que vous avez lu : On ne peut pas comparer un endroit à un autre endroit. »

Il y a un exemple au Québec, il ne fait pas de pommes de terre, pas de choux en grande culture. Nous, grande culture, ce n’est même pas un demi hectare. Pas de patates, pas de choux, tout ce qui prend de la surface, il ne le fait pas, c’est facile. Mais si vous voulez des patates, il va falloir les trouver ailleurs. Il faut le raconter parce que, sinon, cela ne marche pas.

Si on était un peu plus intelligent, on ferait des grands champs de patates pour une commune, cela marcherait mieux, mais on n’est pas dans ce monde-là.

Stéphane fait la visite de la ferme à l’équipe Nos Campagnes en Résilience, septembre 2021. Photo : Hannes Lorenzen

On commence à voir des gens qui me font un peu peur. Des gens veulent s’installer avec ces fameux livres. Ils veulent produire sur des très petites surfaces et ils vont s’épuiser. Au bout de 5 ans, Ils n’auront plus de dos, plus de genoux, et plus l’envie qu’ils avaient au départ.

L’idée quand on s’installe c’est qu’au bout de 5 ans, on arrive à un équilibre économique et de production et au bout de 10 ans, normalement on travaille moins. Moi, je vois des gens au bout de 10 ans, ils travaillent toujours autant… ils ne vont pas tenir, ils vont se faire du mal.

Vivre vieux et en bonne santé, un but à atteindre

L’enjeu, c’est si on veut bien vieillir, de travailler le moins possible. On n’y arrivera pas, cela ne pousse pas tout seul.

Pourtant, je vois bien que depuis, une dizaine d’années, on travaille beaucoup moins : On a plus d’expérience, on est de plus en plus nombreux, et on a de moins en moins d’argent à rendre à la banque. Et plutôt de gagner plus, on a fait le choix d’associer plus.

« Nous, on va travailler avec des toiles tissées, on fait des trous dedans, cela fait treize ans qu’on les a. Il y a des choix techniques à faire au début. » Photo : Hannes Lorenzen

On se lève le matin, on fait de la politique

Je ne suis pas très impliqué, je n’ai pas trop le temps. Mais, il y a eu un projet éolien à côté de chez nous, c’était hallucinant, j’ai rencontré plein de conseillers municipaux, des voisins. Je me suis battu et cela a assez bien répondu. On était assez nombreux. La mairie et la communauté de communes étaient dans notre sens. On ne sait pas pourquoi mais on n’a pas d’éoliennes !

On commence à voir des champs de panneaux photovoltaïques, où l’on va mettre 4 moutons en dessous, ça suffit. On peut couper la lumière, on peut mettre le chauffage à 18 degrés plutôt qu’à 24. J’aime bien ces sujets et partager avec les autres : Il faut que la société change.

On est, tout le temps, dans les contradictions. Pour dormir, ce n’est pas facile, Il faut avoir la foi.

Quelques phrases ont été modifiées par ARC 2020 pour faciliter la compréhension.

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Souhaitez-vous rejoindre cette aventure proposée par ARC2020 ? Soyez les bienvenus pour vous informer, écouter, vous engager ou participer à des rencontres. Il vous suffit d’envoyer un petit mail à Valérie GESLIN, coordinatrice de projet. 

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Valérie Geslin
A propos Valérie Geslin 20 Articles
Valérie est coordinatrice du projet « Nos Campagnes en résilience ». Après avoir cheminé dans des associations d’Education Populaire, Valérie a travaillé pendant une dizaine d’années dans le secteur du développement local et notamment dans le Beaufortain. Diplômée d’un Master 2 en Sciences Politiques sur le changement social et les solidarités territoriales, elle a réalisé son mémoire de recherche sur l’influence des émotions des professionnels dans la mise en œuvre des changements politiques territoriaux. Son mémoire professionnel a été axé sur la thématique des réseaux d’agents de développement rural en Savoie. Valérie est attachée au milieu rural dont elle est native. Son approche sociale et de terrain lui permettra de porter un autre regard sur les transitions socio-agro-écologiques actuelles. Ses expériences d’animation lui permettront de proposer des outils et méthodes participatives afin que chacun puisse être acteur de ce projet. Curieuse, engagée, pleine de volonté et de bonne humeur, elle souhaite aller à la rencontre de ce monde rural, découvrir ce qui fait leur force et apporter ainsi son petit grain de sel pour construire un futur de l’Europe rurale plus résilient.