Paroles de paysans | Paysans boulangers, un métier à façonner 2

 Dans son fournil, Sébastien nous raconte sa vision. Photo : Valérie GESLIN

Pour Fabienne et Sébastien, le décloisonnement est une histoire qui remontent à il y a 10 ans, avec une association culturelle : Le Barouf dans la Taupinière. Une perspective ouverte envers les pratiques agricoles de l’autrui leur permet de respecter les différences. Installés sur un territoire dynamique, sur leur ferme Le Fournil de La Barre (44), ces paysans boulangers font les ventes directes et ont 3 AMAP. Fort d’approches coopératives, le couple mise sur l’abattage en commun pour fait face aux enjeux, de plus en plus compliqués, autour du bien-être animal et de la biosécurité. Deuxième partie de leur conversation avec Valérie GESLIN.

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Paroles de paysans | Paysans boulangers, un métier à façonner 1

La réglementation, un frein

Sébastien : Il faut arrêter de nous prendre la tête, nous obliger à mettre des produits. La DDCSPP nous met la pression. Il faut être motivé, passionné. Il faut vraiment y croire car cela va être compliqué dans les prochaines années notamment avec la grippe aviaire. Il y a aussi les normes salmonelles : ce sont les mêmes normes que les élevages industriels, ce n’est pas tenable. Pourtant, cela n’a rien à voir, on est dans le multi âges, multi espèces. On a créé un collectif, « sauve qui poule » pour suivre l’actualité sur la grippe aviaire et parler de la salmonelle. Les règlements sont pondus au niveau européen, et ce n’est pas du tout pensé. On est un peu les oublié car nous n’avons pas de syndicat. C’est peut-être notre tort.

« Le chant du coq », un abattoir en commun

Sébastien : En 2004, après 4 ans de réflexion, on a créé un abattoir, on était 12 éleveurs de volailles. L’idée était de ne plus aller à 80 kms dans des abattoirs qui devenaient de gros outils et n’étaient plus du tout adaptés à notre besoin. On s’est pris en main et, avec des aides européennes, nous avons réalisé le projet. La DDCSPP nous attendait au tournant, ils n’y croyaient pas du tout. La première année a été compliquée car monter le projet c’est une chose mais, travailler ensemble, c’est autre chose. Cela reste un travail à la chaîne, on ne connaissait pas l’outil et l’abattage c’est complexe. On était tous un peu largué. Pendant 5 ans, c’était tendu et financièrement on arrivait à plus de 2 euros par bête, pour l’abattage. Aujourd’hui, on est 26 éleveurs et faisons 100 000 abattages par an. On travaille par équipe, du lundi au jeudi. Il y a un salarié qui assure l’entretien, la maintenance et l’abattage depuis 5 ans. Il connaît tous les postes pour remplacer les adhérents si besoin. Les adhérents doivent maîtriser les postes stratégiques. Nous formons chaque nouvel adhérent.

Fabienne : On est aux normes européennes, toutes nos volailles ont la traçabilité. Tout le travail est mis en commun entre adhérents et s’équilibre : le but n’est pas de payer, ni de se faire payer. On a une souplesse dans le fonctionnement mais il faut prévenir en temps et en heures.

La CUMA, la force de la différence

Sébastien : on fait des repas avec les CUMA. C’est intéressant car on va visiter des systèmes complètement différents et c’est une force. Le fait d’aller voir les fermes, tu acceptes mieux, plus facilement. Pour certains, ils ont changé de regard sur ce que l’on fait. On ne se rend pas compte de tout ce que l’on fait. Vice versa, on ne voit pas ce qui se passe chez les autres. Ce n’est pas un système qui me botte mais tu comprends mieux les contraintes et les choix. C’est plus respectable après.

Les AMAP et la vente directe

Sébastien : On a trois AMAP, soit 80 familles. Cela représente 80 poulets par mois plus le pain. Ce n’est pas de grosses AMAP, mais c’est local, cela nous convient bien. Ici, on fait deux ventes le mercredi et le vendredi. En gros, on fait 150 kilos de pain pour ici. Le jeudi, c’est une fois par mois. Le mardi et le vendredi, on livre aussi un magasin et le samedi matin, on fait le marché de PONTCHATEAU, créé par des producteurs du coin et pas par la mairie.

Fabienne : Pour moi, les amapiens sont maintenant devenus des consommateurs, pas tous, mais à 70% c’est ça. On le voit bien sur les chantiers participatifs, si deux familles sur 80 répondent, on est content.

Sébastien : On pourrait s’en passer, mais c’est surtout une perspective : c’est intéressant de savoir que l’on a cela comme ressource. Avant, on faisait des chantiers, il y avait une dynamique, c’était positif, on se sentait épaulés par l’AMAP. Après les gens passent à autre chose, ils sont partis.

Fabienne : On a notre clientèle, c’est calé. On a atteint nos limites, on ne fera pas plus que ce que l’on fait aujourd’hui. C’est un choix de notre part.

Les politiques publiques sont-elles un levier notamment avec la loi Egalim?

Fabienne : Rien, enfin si, nous vendons notre pain à la cantine, une fois par semaine, depuis le changement d’élection. C’est par la force des choses, c’est parce qu’il faut 20 % de bio, mais ce n’est pas par conviction. Il y en a quelques-uns qui essaient, ils veulent faire des choses mais ils ont un mur en face. Cela ne bouge pas.

Sébastien : On ne sent pas une dynamique. Ce n’est pas du tout la priorité. C’est dommage. C’est à nous de nous bouger, il faut y aller. Une mairie qui lance ça, il faut être convaincu. Le chemin est long. Il y a pleins d’exemples, c’est en train de bouger, il ne faut pas être négatif. Mais, on sent que pour certains, ce n’est pas la priorité.

On n’est pas là par hasard, on crée la continuité

Sébastien : On fait partie de l’association « le Barouf dans la taupinière » pour créer des évènements culturels en milieu rural dans des lieux atypiques, beaucoup dans des fermes. On propose du cinéma de plein air, du théâtre, c’est très varié. Cela fait 10 ans que cela existe. On est quand même la moitié du bureau à être paysan mais il y a aussi des gens du social, des profs… Cela crée une dynamique. On essaie de faire un spectacle pour les enfants, parce que nous aussi, on a des enfants. Le territoire est dynamique : on n’est pas là par hasard, on crée la continuité.

 

Quelques phrases ont été modifiées par ARC 2020 pour faciliter la compréhension.

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A propos Valérie Geslin 24 Articles

Valérie est coordinatrice du projet « Nos Campagnes en résilience ». Après avoir cheminé dans des associations d’Education Populaire, Valérie a travaillé pendant une dizaine d’années dans le secteur du développement local et notamment dans le Beaufortain. Diplômée d’un Master 2 en Sciences Politiques sur le changement social et les solidarités territoriales, elle a réalisé son mémoire de recherche sur l’influence des émotions des professionnels dans la mise en œuvre des changements politiques territoriaux. Son mémoire professionnel a été axé sur la thématique des réseaux d’agents de développement rural en Savoie. Valérie est attachée au milieu rural dont elle est native. Son approche sociale et de terrain lui permettra de porter un autre regard sur les transitions socio-agro-écologiques actuelles. Ses expériences d’animation lui permettront de proposer des outils et méthodes participatives afin que chacun puisse être acteur de ce projet. Curieuse, engagée, pleine de volonté et de bonne humeur, elle souhaite aller à la rencontre de ce monde rural, découvrir ce qui fait leur force et apporter ainsi son petit grain de sel pour construire un futur de l’Europe rurale plus résilient.

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